L'Epaule du nageur : Quelles sont les causes des blessures, quelle prévention, quels soins et quelle réadaptation?
Cet article n’est pas un article médical et les sujets abordés ne devront en aucun cas vous dispenser de consulter le corps médical si vous souffrez des épaules. Nous vous proposons des pistes de réflexions pour comprendre et surtout prévenir les blessures avant qu’elles ne se produisent.
1. L'Epaule
Les épaules sont des articulations majeures dans la pratique de la natation, quel que soit son niveau de pratique, du débutant au nageur confirmé.
Il faut simplement se souvenir qu’en natation, plus de 80% de la propulsion est assurée par les membres supérieurs (voir plus pour certains nageurs ou selon les différentes nages pratiquées) et que les épaules sont doc mise à rude épreuve.
Un nageur régulier, sans être un champion, va réaliser en moyenne 40 à 50 cycles de nage par minute (1 cycle correspond à un mouvement complet des deux bras jusqu’à retour à une position de départ), ce qui signifie que chaque épaule est mise à contribution en moyenne, plus de 2000 fois par heure de nage.
💡 CHIFFRES CLÉ
- Plus de 80% de la propulsion est assurée par les membres supérieurs
- Une moyenne de 40 à 50 cycles de nage par minute
- Chaque épaule est mise à contribution plus de 2000 fois par heure
2. Les causes de blessures
1 – Une technique défaillante
Comme expliqué dans le petit paragraphe d’introduction, l’épaule est une articulation majeure de la propulsion en natation. Cette hyper sollicitation peut malheureusement se révéler délétère quand le geste est effectué avec des petits défauts de placement qui vont se répéter des centaines et des milliers de fois au fur et à mesure des entrainements (un peu comme si une pièce mécanique d’un moteur était décalée de quelques millimètres, ceci n’empêcherait pas le moteur de tourner mais finirait au bout de quelques temps pas créer un point de rupture)
2 – Le surentrainement
Vouloir progresser amène souvent le nageur, qu’il soit débutant ou confirmé, à accroitre son temps et surtout ses distances d’entrainement. Cela est bien entendu possible, à condition de respecter les principes simples de la progressivité de la pratique. En clair, cela signifie qu’il est à craindre que si je double ou je triple mon entrainement du jour au lendemain, mon corps finisse par se fatiguer. Dans ce cas, je peux être sujet à des douleurs musculaires, tendineuses, ligamentaires ou articulaires.
Pour rappel, l’épaule c’est une articulation complexe avec 3 os ( humérus, clavicule et omoplate (scapula)), une vingtaine de muscles concernés avec pour chacun d’entre eux des tendons aux deux extrémités (parmi lesquels les 4 coiffes des rotateurs et le deltoïde, particulièrement sensibles chez les nageurs) , et des ligaments présents pour stabiliser cet ensemble ( parmi lesquels les gléno-huméraux, le coraco huméral, le coraco claviculaire, le coraco acromial….)
Cet ensemble et fragile et je dois donc veiller à être attentif au signe de fatigue des différentes parties pour ne pas créer de lésions.
3 – Le matériel utilisé
Les nageurs utilisent volontiers du matériel pour diversifier l’entrainement d’une part et améliorer les capacités et aptitudes d’autre part. Dans le cas des épaules, il est fréquent de voir des nageurs utiliser des plaquettes (paddles) de plus ou moins grande taille afin de travailler avec plus de résistance et donc d’améliorer leur puissance. La taille de ces ustensiles est parfois non adaptée au nageur (plaquettes souvent trop grandes) et il est d’autant plus tentant d’en abuser que les sensations et les chronos réalisés avec ces engins sont souvent extraordinaires.
Toutefois, si elles permettent de nager vite, les paddles tirent plus fortement sur les articulations grâce à la surface de poussée qui est multipliée par 2 ou par 3 par rapport à la taille des mains. Les tendons et ligaments finissent généralement par s’inflammer si l’utilisation n’est pas raisonnée et / ou mal maîtrisée (cf point a.)
4 – Les causes exogènes ( traitements médicaux, accidents…)
En dehors des causes envisagées ci dessus, d’autre facteurs peuvent expliquer des douleurs d’épaule, citons par exemple
- Les traitements médicaux. Certains traitements sont connus pour générer des soucis tendineux dans leurs effets secondaires ( c’est par exemple le cas des fluoroquinolones utilisés dans le traitement des infections). Ceci est généralement indiqué dans les effets connus et inscrit dans les notices des dits médicaments
- Les conséquences d’un accident sans lien apparent avec l’épaule. Par exemple un accident de la circulation, une chute en vélo ou à toute autre occasion, peuvent induire une modification des équilibres internes du corps et donc générer des tensions inhabituelles sur certaines zones. (L’épaule n’est pas épargnée par ces phénomènes qui se retrouvent par exemple fréquemment après un traumatisme du rachis cervical)
- L’alimentation. Certains aliments sont connus pour générer des complications tendineuses ou ligamentaires. Par exemple, il est des personnes qui ne digèrent pas le lait de vache et le fait d’en consommer peut causer des désagréments. Idem avec le gluten et tous les allergènes.
- L’hydratation insuffisante. Notre corps est composé en grande partie d’eau ( de 50 à 60% pour des adultes en fonction du sexe et de la masse adipeuse) et cette eau est indispensable au bon fonctionnement musculotendineux. Un organisme déshydraté va donc être grandement fragilisé et des douleurs musculaires ou tendineuses sur les zones les plus sollicités sont possibles voir probables. Comme nous avons préalablement vu que l’épaule est la principale plaque tournante de la poussée et de la puissance en natation, elle sera en première ligne des soucis potentiels.
3. Les solutions et les soins à adopter
Gérer sa technique
Améliorer sa technique et devenir plus fluide dans l’eau est un pré requis indispensable pour qui souhaite nager loin. La natation est un sport très technique et il est extrêmement difficile de s’auto corriger, donc la solution la plus sure est de prendre des cours ou de s’inscrire dans un club afin de bénéficier des conseils avisés d’un professionnel de la natation.
S'entrainer progressivement et raisonnablement
Là aussi , il peut être recommandé de prendre attache d’un coach afin de parvenir à une progressivité dans la pratique générale, que ce soit dans le nombre de séances hebdomadaires ou dans le nombre de kilomètres parcourus dans l’eau. Votre corps va pouvoir absorber des évolutions progressives, à conditions qu’elles restent intégrables dans votre vie et votre quotidien ( si vous devez, par exemple, rogner sur votre sommeil pour trouver du temps d’entraînement, vous risquez un rappel à l’ordre de votre corps tôt ou tard) et de vous retrouver avec les symptômes évoqués ci-dessus.
Limiter l’utilisation du matériel
Si vous vous connaissez une fragilité au niveau des épaules, adaptez sans délai un matériel qui ne risque pas de vous mettre sur le flanc. Certes vous ne ferez plus vos séries à des vitesses supersoniques (pour vous) mais vous préserverez votre intégrité et surtout votre plaisir, car il est bien évident que l’on ne s’amuse pas quand le corps tire la sonnette d’alarme.
Améliorer son hygiène de vie
Si vous avez déjà été sujet à des douleurs au niveau de vos épaules, vous devez absolument en cerner la cause afin d’y remédier et de préserver votre plaisir de pratique.
Connaitre vos allergies et vos intolérances alimentaires ou médicamenteuse est de votre seul ressort et y remédier ne dépend que de vous.
Vous pouvez aussi adopter un rythme de vie plus équilibré en préservant une qualité et quantité de sommeil suffisants, en limitant l’alcool et les excitants qui sont impropres à la pratique sereine et de plaisir de votre loisir favori.
Devenir acteur de sa pratique
Pour venir à bout des douleurs d’épaules (ou autres), vous allez pouvoir mettre en place des routines simples qui s’adapteront parfaitement à votre pratique et vous permettront d’optimiser votre plaisir. Vous pourrez donc accentuer votre prévention en vous astreignant par exemple à :
- Réaliser régulièrement des étirements
- Avoir une routine d’échauffement à sec avant de vous mettre à l’eau pour préserver vos épaules
- Aller régulièrement chez l’ostéopathe pour vérifier le bon équilibre global du corps
- Aller chez le kinésithérapeute dès que des tensions apparaissent afin de ne pas leur laisser le temps de s’installer et de s’intensifier
- Boire énormément d’eau
- Si votre entrainement est conséquent, apporter un complément d’électrolytes afin de préserver l’homéostasie du corps.
- Se ménager des jours de repos régulièrement afin de laisser le corps assimiler le travail fourni.
- Apprendre à écouter votre corps et le considérer comme votre outil le plus précieux pour prendre un maximum de plaisir dans votre pratique